exposition
ANCORA!
© Muriel Rodolosse
du 24/03/07 au 24/06/07
Muriel Rodolosse
Peintre avant toute chose, Muriel Rodolosse peut s’inscrire dans cette histoire de l’art qui s’empare des grands mythes. En regardant ses images on pense à Rubens pour la facture, à Böklin pour les lumières ou plus encore à Delacroix qui, précisément, avec “La Mort de Sardanapale” induit par le geste, le sacrificiel lié aux problématiques du sexe.
Cette jeune artiste questionne toutes ces notions sans relâche, construit sans concession et affirme ici son langage sur des plaques de plexiglas où le geste s’installe à l’inverse de la toile. Elle se réapproprie l’histoire pour la création de son propre mythe, brouille les différences, donne naissance à des créatures “confuses”. Le monde végétal, animal, humain s’entremêle et installe un sentiment de désintégration.
Au premier regard, la tension reste masquée. Muriel Rodolosse nous fait croire, un court instant à la douceur, au rire. Puis, très vite, le trouble s’installe et fait place à une inquiétante étrangeté.
On ne cherche pas d’évidence dans ce travail, mais, ce que l’on trouve, assurément, c’est l’affirmation d’un grand désir de peinture.
Ancora !
Le travail se développe en trois temps et trois espaces :
Premier temps, premier lieu : l’espace central de la chapelle
Lorsqu’on entre dans la chapelle on est comme immergé dans un espace qui se constitue d’un tableau frontal, monumental et de peintures murales sur les côtés qui accompagnent cette peinture frontale sous plexiglas.
En entrant, sur la cimaise d’en face, un tableau constitué de 12 formats identiques investit l’espace imparti de la cimaise (6,55m X 5,55m). Il me représente en train de porter un agneau dans les bras avec un masque de lapin. La main visible se trouve près du sexe de l’animal. Cette position de la main nous interpelle car l’intention du personnage ne semble pas très définie. Le doute qui s’établit corrobore celui du personnage masqué. La question du désir s’éclaire davantage lorsqu’on réalise que le sexe de l’animal est hybridé en celui d’un homme. L’hybridation concerne à la fois la représentation et la taille du sexe (sexe trop petit pour la taille de l’agneau, sa taille se rapproche plus de la taille réelle d’un sexe d’homme).
Les cimaises latérales participent de l’immersion. Elles se divisent en deux parties :
la partie supérieure claire et la partie inférieure foncée. Le travail présenté portera sur la ligne d’horizon qui représentera divers paysages réels et imaginaires, agencés sur cette ligne. Le travail sera bicolore. Le ton clair et le ton foncé seront à définir avec exactitude lors de l’installation.
Cette peinture sur plexiglas s’intitule Ancora !
Deuxième temps, deuxième lieu : l’abside (située sur la droite)
Je souhaite investir le recoin de l’abside avec des dessins muraux. Il s’agit d’élargir la vision, d’en donner à voir davantage, de présenter le travail qui a été fait avec ce personnage masqué. Un laboratoire qui apporte un regard supplémentaire sur la proposition centrale de l’exposition, qui permet de montrer des études, des points de vue différents. Les dessins seront réalisés sur le mur, de différentes tailles. J’ai choisi cet espace de l’absidiole car il permet d’investir un espace caché, comme un cabinet à découvrir. Cela me permet de travailler les questions du désir, de l’exhibition, du caché, posées par le tableau central.
Cet espace s’intitule Ancora, ancora, (car il répond au désir de vouloir en montrer davantage) mais il ne sera pas nommé dans l’exposition.
Troisième temps, troisième espace : celui qui est construit, caché, derrière la cimaise principale, derrière le tableau
Dans la vidéo box se trouvant derrière la cimaise présentant le tableau, sera projetée en boucle une vidéo que j’ai réalisée à Venise en 2005. Cette vidéo d’un format assez court, une dizaine de minutes, montre une séquence filmée sur l’île de Burano.
La personne masquée, (je suis cette personne) apparaît dans une ruelle aux maisons bigarrées. Espiègle, je dérobe des objets, puis je vais m’asseoir à côté d’une dame âgée qui est assise sur le pas de la porte. Un échange non verbal s’établit. Je porte, aux doigts des fleurs orange de bignone. Ces fleurs, digitales, épousent la forme de mes doigts, elles en sont le prolongement. Je caresse délicatement l’avant- bras de cette dame avec l’extrémité de la tige d’une de ces fleurs puis je pare ses mains avec mes fleurs, je me lève et pars. Ne sachant que faire cette dame se met à crier « Ancora, ancora, ancora, »
Cette vidéo s’intitule Ancora elle parle du désir, de l’inconnu, de l’altérité, de la vieillesse. De l’ambiguïté du personnage masqué qui est à la fois personnage et femme désirante.
Cette exposition Ancora ! se présente donc en trois temps, trois espaces, trois médiums. La pièce principale est le tableau Ancora, les deux autres espaces viennent renforcer la question du désir qui donne son titre à l’exposition. A la demande Ancora ! je donne à voir des dessins, à la demande d’Ancora, Ancora, je donne à voir une vidéo dans laquelle la demande de la dame est sans fin.
Je suis peintre et dans ce travail pour la chapelle St Jacques, la peinture est à la fois largement déployée dans une jubilation, elle montre sans avoir à prouver quoi que soit que le désir est là au premier plan du tableau dans ce que peut la peinture, et à la fois en prenant du recul, en élargissant la vision, en présentant des images dessinées et filmées, je crée un manque de peinture, je me crée mon propre manque de peinture. Et je réalise à quel point on ne peut appréhender un travail de peinture à travers une seule pièce. C’est le risque qui se joue dans cette exposition. Je souhaite créer le désir de peinture.
Texte de Muriel Rodolosse